GÉNÉALOGIE

Né en 1840 ; épouse, en 1865, madame Hédouin, qu’il perd la même année ; se remarie, en 1869, avec Denise Baudu, saine et équilibrée, dont il a deux enfants, une fille et un garçon, trop jeunes encore pour être classés. Fondateur et directeur des grands magasins : Au Bonheur des Dames. Vit encore à Paris.

– Né en 1840.
(Arbre généalogique des Rougon-Macquart – 1869 n°1)

– Élection du père. Ressemblance physique du père. (Arbre généalogique des Rougon-Macquart – 1878)

– Élection du père. Ressemblance physique de son oncle, Eugène Rougon, hérédité indirecte.
(Arbre généalogique des Rougon-Macquart – 1893)

FICHE PERSONNAGE

« Un garçon sans trop de scrupule, que je ferai honnête relativement dans le succès. Il est bachelier, mais a jeté son diplôme au vent. Il est avec les actifs, les garçons d’action qui ont compris l’activité moderne, et il se jette dans les affaires avec gaieté et vigueur. – Fortune considérable. – Ne pas oublier son côté de fantaisie dans le commerce, son audace. […] Mais lui laisser surtout son côté femme, sa science de la femme, qui l’a poussé à spéculer sur la coquetterie de la femme. »
Documents préparatoires du Bonheur des dames, NAF 10277, f° 3-4.

« (Né en 1840. Élection du père). Il est le neveu d’Hélène Mouret (Mme Grandjean). Physiologiquement, il appartient au sang calme des Mouret, dont il a l’équilibre et la raison. Par sa mère Marthe (dont les éléments viennent d’Adélaïde Fouque) et par sa grand-mère Ursule, la détraquée morte phtisique en 1840, après sa naissance, il a un petit coin des Macquart et des Rougon, une envie de parvenir, une sensualité qu’il satisfait, tout en tâchant de la faire servir à sa fortune. […]
Comme caractère : un ancien cancre, gai, voulant faire fortune, s’amusant, mais ayant l’œil au guet. […] Dans cet homme à femmes, il y a un homme à idée, un commerçant qui a le sens de la spéculation.. […] Il veut étudier la place de Paris avant de se lancer. Tout son rôle dans Pot-Bouille est à : il flaire, il attend. […]
Donc un Octave grand, beau garçon, brun, avec une moustache et une barbe soignée, les dents blanches, les yeux marron, un rire perlé de femme, des mains fines et belles aux ongles bien taillés, toujours vêtu correctement, léger accent provençal, bon mangeur et bon buveur, ayant la faconde d’un commis voyageur mais presque distingué, sentant bon, très féminin avec ses larges épaules, ayant le sens de la femme, la caressant d’un regard doux et tout de suite compris, acceptant d’elle des cadeaux, très intelligent, très audacieux dans les affaires, voulant parvenir, en quête d’un bout du roman à l’autre. »
Documents préparatoires du Bonheur des dames, NAF 10278, f° 107-113

« 32 ans. Propriétaire du Bonheur des Dames. Fortune colossale. A épousé madame Hédouin. – Puis, veuf, a épousé Denise Baudu. Très heureux en ménage, quoique resté volage. A de sa seconde femme trois enfants en bas âge dont deux se portent bien, une petite fille et un petit garçon. Un autre petit garçon est rachitique, menacé de toutes les maladies. Le docteur attend des notes. »
Documents préparatoires du Docteur Pascal, NAF 10290, f° 129.

BIOGRAPHIE

Fils aîné de François Mouret et de Marthe Rougon. Frère de Serge et de Désirée. Né en 1840 à Plassans.
(La Fortune des Rougon)

À dix-neuf ans, il s’est fait refuser trois fois au baccalauréat. C’est un garçon gai, bien portant, toujours le nez en l’air, souriant sous les reproches. Comme il flâne dans la ville de Plassans, où ses parents se sont retirés, on l’envoie à Marseille pour apprendre le commerce. Il mène là-bas joyeuse vie, criblé de dettes, cachant des maîtresses dans ses armoires.
(La Conquête de Plassans)

Après la mort tragique de ses parents, Serge, qui va entrer dans les ordres, renonce en faveur d’Octave à sa part de la fortune paternelle.
(La Faute de l’abbé Mouret)

Il est membre du conseil de famille de sa cousine Pauline Quenu et consent à l’émancipation.
(La Joie de vivre)

Octave est venu à Paris, très décidé à y faire fortune. Il est grand, brun, beau garçon, il a les moustaches et la barbe soignées, une belle main aux ongles taillés correctement. Avec ses yeux couleur de vieil or, d’une douceur de velours, et malgré ses larges épaules, il est femme, il a un sens des femmes qui tout de suite le met dans leur cœur. C’est une possession lente, par des paroles dorées et des regards adulateurs, et, sous son air d’adoration amoureuse, c’est aussi un fond de brutalité, un dédain féroce. Les stériles années de Marseille l’ont révélé à lui-même, le commerce de luxe de la femme le passionne, ses facultés vont s’élargir au contact de Paris, il concevra vite l’idée de grands comptoirs modernes écrasant l’ancien commerce, se développant sous des coups d’audace. Mais avant tout, il est bien décidé à parvenir par les femmes. Ses premières tentatives sont médiocres ; plusieurs mois de patientes manœuvres, dans l’immeuble Vabre où il habite, rue de Choiseul, n’ont fait de lui que l’amant de l’insignifiante Marie Pichon ; puis il a possédé Berthe Vabre, la femme de son patron, bourgeoise en qui sa gloriole de provincial voyait une jolie créature de luxe et de grâce et qui n’a été qu’une maîtresse vénale, trop chère à sa bourse de méridional avare. Enfin, la chance le favorise et, en 1865, il épouse madame Caroline Bédouin, la fille des fondateurs du Bonheur des Dames, une commerçante avisée qu’il a séduite par ses seules facultés marchandes et grâce à qui il va enfin conquérir Paris.
(Pot-Bouille)

Bientôt veuf, seul héritier de la belle fortune de sa femme, il continue les agrandissements commencés par madame Bédouin. Le Bonheur des Dames menace maintenant d’envahir tout le quartier. Mouret s’est jeté dans la spéculation avec un tel faste, un besoin tel du colossal que tout semble devoir craquer sous lui ; au milieu de l’effarement général, il a développé dangereusement ses magasins, avant de pouvoir compter sur une augmentation suffisante de clientèle ; chaque mise en vente est un coup de carte, où il met tout l’argent de la caisse ; il emplit les comptoirs d’un entassement de marchandises, sans garder un sou de réserve ; toujours il s’agit de vaincre ou de mourir. Et dans cette lutte qui fait frémir les timorés comme Bourdoncle, Mouret garde une gaieté triomphante, une certitude des millions, en homme adoré des femmes et qui ne peut être trahi. Quand il a des accès de brusque franchise, il se déclare au fond plus juif que tous les juifs ; il tient de son père, un gaillard qui connaissait le prix des sous et auquel il ressemble physiquement et moralement ; et sa fantaisie nerveuse lui vient de sa mère, il y voit le plus clair de la chance qui le pousse, la force invincible de sa grâce à tout oser.

Sa conception du nouveau commerce des nouveautés est basée sur le renouvellement continu et rapide du capital, sur la puissance décuplée de l’entassement, le prestige de la marque en chiffres connus, qui rassure les gens et étale la concurrence sous les yeux mêmes du publie, l’annonce retentissante de ventes à perte, qui fouette l’âpreté de la cliente et double sa jouissance d’acheteuse, car elle croit voler le marchand. Tout le système aboutit à une féroce exploitation de la femme, séduite et détraquée, payant d’une goutte de sang chacun de ses caprices.

Entre ses commis, Mouret a créé une lutte pour l’existence, dont il bénéficie ; cette lutte est sa formule favorite, le principe d’organisation qu’il applique constamment ; avec sa guelte, il lâche les passions, met les forces en présence, laisse les gros manger les petits, et s’engraisse de cette bataille des intérêts. Il a créé une dualité entre les chefs de rayon qui, touchant leur tant pour cent sur le chiffre d’affaires, poussent âprement à la vente, et les intéressés qui, eux, touchent sur le bénéfice total et empêchent l’avilissement des prix.

Plein de la passion de son époque, il raille Paul de Vallagnosc et, avec lui, les désespérés, les dégoûtés, les pessimistes, tous ces malades de nos sciences commençantes, qui prennent des airs pleureurs de poètes ou des mines pincées de sceptiques, au milieu de l’immense chantier contemporain. Chaque matin, même après les nuits de fête, Mouret est là, solide, l’œil vif, la peau fraîche, tout à la besogne, comme s’il avait passé dix heures dans son lit. Il gouverne tout, avec le concours de ses intéressés, des commis qu’il a, au début, décidés à mettre de l’argent dans la maison, qui forment quelque chose comme un conseil des ministres sous un roi absolu et veillent chacun sur une province. Devant la femme, il affecte des extases, reste ravi et câlin, emporté continuellement dans de nouvelles amours, et ses coups de cœur sont comme une réclame à sa vente, on dirait qu’il enveloppe tout le sexe de la même caresse, pour mieux l’étourdir et le garder à sa merci. D’ailleurs, il garde son ancien fond de brutalité ; quand les femmes l’auront aidé à faire sa fortune, il compte bien les jeter toutes par terre, comme des sacs vides. Sans vains scrupules, il a demandé à sa maîtresse, Henriette Desforges, de le présenter au baron Hartmann, il a séduit le grand financier et obtenu par lui le concours du Crédit Immobilier.

L’affaire devient alors formidable ; elle englobe tout le pâté de maisons, l’îlot compris entre les rues de la Michodière, Saint-Augustin, Monsigny et la future rue du Dix-Décembre, sur laquelle s’ouvrira pins tard une façade majestueuse. Le Bonheur des Dames emplit le quartier de ruines, détruisant tout le petit commerce, dépouillant les entêtés comme Bourras, tuant les Baudu et les Robineau ; il est une terrible force qui exerce au loin ses ravages, pousse au vol la comtesse de Boves, accule au cabanon le professeur Marty, dénoue les liens de famille comme dans le ménage Lhomme et réduit en poussière les fabriques mal outillées, comme celle de Gaujean.

Pour mieux trafiquer des désirs de la femme, pour exploiter plus sûrement sa fièvre, Mouret la grise d’attentions galantes ; ce sont maintenant des ascenseurs capitonnés, des distributions de bouquets de violettes, un buffet où se plaisent les gourmandes, un salon de lecture qui facilite les rendez-vous d’amour ; à l’énorme publicité en catalogues, annonces et affiches, il ajoute les primes aux bébés, des images, des ballons surtout, qui, tenus au bout d’un fil, voyageant en l’air, promènent par les rues une réclame vivante. Enfin, il a imaginé les « rendus », un chef-d’œuvre de séduction jésuitique, donnant une dernière excuse à la femme qui résiste, lui laissant la possibilité de revenir sur une folie, mettant sa conscience en règle et la livrant désarmée aux tentations. Au jour d’une grande vente, la recette dépasse aujourd’hui un million.

Mais en face de Paris dévoré et de la femme conquise, le triomphateur éprouve une faiblesse soudaine, une défaillance de sa volonté, qui le renverse à son tour, sous une force supérieure. Cette défaite du grand capitaine, cette revanche de la femme va être assurée par la petite vendeuse Denise Baudu. Mouret l’a vue arriver au Bonheur des Dames, il y a sept ans, avec ses gros souliers, sa mince robe noire, son air sauvage ; elle bégayait, tous se moquaient d’elle, lui-même l’avait trouvée laide d’abord. Longtemps, elle est restée la dernière de la maison, rebutée, plaisantée, traitée par lui en bête curieuse. Pendant des mois, il a voulu voir comment une fille poussait, il s’est amusé à cette expérience, sans comprendre qu’il y jouait son cœur. Elle, peu à peu, grandissait, devenait redoutable. Peut-être l’a-t-il aimée depuis la première minute, même à l’époque où il ne croyait avoir que de la pitié. C’est en vain qu’il a voulu se dégager de cette possession, Denise apportait tout ce qu’on trouve de bon chez la femme, le courage, la gaieté, la simplicité ; et de sa douceur montait un charme, d’une subtilité pénétrante de parfum. Elle s’est obstinément refusée à lui, montrant à son scepticisme que la sagesse d’une femme n’est pas toujours une chose relative. Il trouve en elle une résurrection de madame Hédouin, c’est le bon sens, le juste équilibre de celle qu’il a perdue, jusqu’à la voix douce, avare de paroles inutiles.

Et ce vainqueur plie devant elle, tremblant de la voir refuser sa main et repousser la royale fortune qu’il lui offre. Mais Denise ne résiste plus, elle l’aimait et il va l’épouser. La revanche de la femme aura seulement apporté dans le mécanisme trop rude de la maison, un peu de justice et de bonté. Grâce à Denise, les commis n’ont plus le sort, précaire d’autrefois ; aux coupes sombres, on a substitué un système de congés ; il y a un corps de musique, une salle de jeux, des cour, du soir, des consultations gratuites. Le Bonheur des Dames se suffit, plaisirs et besoins, au milieu du grand Paris, occupé de ce tintamarre, de cette cité de travail qui pousse si largement dans le fumier des vieilles rues, ouvertes enfin au plein soleil. On va créer une caisse de secours mutuels, qui mettra les employés à l’abri des chômages forcés, et leur assurera une retraite. C’est l’embryon des vastes sociétés du vingtième siècle. Et ce progrès, Denise l’a obtenu en plaidant la cause des rouages de la machine, non par des raisons sentimentales, mais par des arguments tirés de l’intérêt même des patrons.
(Au Bonheur, des Dames)

Octave assiste à l’enterrement de son petit cousin, le peintre Claude Lantier. Très riche, bon prince dans son élégance, il a voulu prouver son goût élevé des arts. Il mène le deuil avec une correction charmante et fière.
(L’Œuvre)

Octave Mouret, dont la fortune colossale grandit toujours, a, vers la fin de l’hiver 1872, un deuxième enfant de sa femme Denise Baudu, qu’il adore, bien qu’il recommence à se déranger un peu. La petite fille demeure chétive, inquiétante, tandis que le petit garçon, qui tient de sa mère, est magnifique. (Le Docteur Pascal)

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