« Le frère Archangias, quarante-cinq ans, frère des écoles chrétiennes. Un paysan rustre, sale, ignorant, d’un entêtement de brute, d’un fatalisme catholique absolu. Il apprend à lire aux enfants. Il représente le Dieu de colère, le Dieu jaloux et terrible. Il est le catéchisme, et c’est surtout sous son œil fixe que Serge plie les épaules. Je le pose dans la 1ère partie. Je le fais apparaître dans le paradis. C’est lui qui en garde ensuite l’entrée. Enfin je le mêle au drame de la fin, il doit peser sur la mort de Blanche [Albine]. Pas de hauteur pourtant à cette figure. Un côté ignoble et vulgaire. La réalité puante. La saleté du célibat, l’eunuque dégoûtant, sentant le bouc qui ne satisfait pas. »
Documents préparatoires de La Faute de l’abbé Mouret, NAF 10294, f° 8.

« Le frère Archangias est un paysan, fils de paysans. Il est des Basses-Alpes, gavot, gras d’encolure, s’étant jeté dans la religion pour éviter la bêche. – Entêté, catholique par étroitesse de cerveau, sale, dégoûtant, mais d’une conscience absolue, se contenant par une tension naturelle de la volonté. C’est un frère qui a la raideur d’un dogme. L’encanailler comme figure, pour éviter de lui donner une hauteur symbolique. »
Documents préparatoires de La Faute de l’abbé Mouret, NAF 10294, f° 18

BIOGRAPHIE

Frère des écoles chrétiennes. Dirige depuis quinze ans l’école des Artaud. Grand corps maigre, taillé à coups de hache, dure face de paysan en lame de sabre, nuque au cuir tanné. Il est vêtu d’une grande soutane graisseuse, avec un rabat sale glissant vers l’épaule. Frère Archangias, terrible homme toujours mugissant, toujours jetant l’anathème, pousse le dégoût et la haine de la femme jusqu’à s’irriter contre la dévotion à la Vierge. C’est une brute exaspérée par la continence, un énergumène qui répand sa fureur sur la nature entière, arrachant les nids, exécrant les fleurs, voyant dans toute fécondité immondices et magie du diable. Vis-à-vis de l’abbé Mouret, dont il a surpris la faute, il se constitue le gendarme de Dieu ; il guette les moindres faiblesses du jeune prêtre, devine à la clarté de son regard les pensées tendres et les écrase d’une parole, sans pitié, comme des bêtes mauvaises. Le vieux Jeanbernat, qui l’avait déjà corrigé dans une lutte à coups de pierre, lui coupe une oreille devant le cercueil d’Albine, la petite fée du Paradou que frère Archangias a poursuivie de ses insultes enragées.

(La Faute de l’abbé Mouret)

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